November 30, 2008

November 29, 2008

November 28, 2008


November 27, 2008


November 26, 2008

November 24, 2008

La plus belle illustration de cet évanouissement systématique d’une réalité dont on savoure en quelque sorte le crépuscule – ce serait le destin actuel de l’image, de la disparition de l’image dans le passage inexorable de l’analogique au numérique. Le destin de l’image étant exemplaire, car l’invention de l’image technique sous toutes ses formes est notre dernière grande invention dans la recherche acharnée d’une réalité « objective », d’une vérité objective dont le miroir nous serait tendu par la technique… Or il semblerait que le miroir se soit pris au jeu et ait tout transformé en une « réalité » virtuelle, digitale, informatique, numérique – le destin de l’image n’étant que l’infime détail de cette révolution anthropologique.

Il n’y a pas de plus belle analogie pour illustrer cette révolution que celle de la photo devenue numérique, libérée du même coup du négatif et du monde réel.
Et les conséquences de l’un comme de l’autre sont incalculables – à des échelles différentes bien sûr. Fin d’une présence singulière de l’objet, puisqu’il peut être numériquement construit. Fin du moment singulier de l’acte photographique, l’image pouvant être immédiatement effacé ou recomposée. Fin du témoignage irréfutable du négatif. En même temps disparaissent le différé et la distance, ce blanc entre l’objet et l’image que constitue le stade du négatif. La photo argentique est une image produite par le monde, qui implique encore, grâce au médium de la pellicule, une dimension de la représentation.
L’image numérique, elle, est une image directement sortie de l’écran, qui vient s’immerger dans la masse de toutes les autres images sorties de l’écran. Elle est de l’ordre du flux, captive du fonctionnement automatique de l’appareil.
Quand le calcul, le digital l’emportent sur la forme, quand le logiciel l’emporte sur le regard, peut-on encore parler de photographie ?

Tout cela n’est pas une simple péripétie technique : avec ce virage du numérique, c’est toute la photographie analogique, c’est tout l’image, conçue comme la convergence de la lumière venue de l’objet et de celle venue du regard, qui est sacrifiée, définitivement condamnée. Au fil de la numérisation, on ne trouvera bientôt plus de pellicule, de surface sensible où les choses venaient s’inscrire négativement. Il n’y aura plus qu’un logiciel d’images, un effet digital au milliardième de pixel et, en même temps, une facilité inouïe de prise de vue, de retour-image, de photosynthèse de n’importe quoi.Métaphoriquement, c’est toute la richesse du jeu de la présence et de l’absence, de l’apparition et de la disparition (l’acte photographique fait s’évanouir, un bref instant, l’objet dans sa « réalité » - rien de tel dans l’image virtuelle ni dans la saisie numérique – sans compter la magie de la transparition de l’image dans le développement) – c’est tout e cette richesse du geste photographique qui disparaît dans l’avènement du numérique.

C’est le monde, et la vision du monde qui en est changé.

<…>

Ce qui distingue l’image analogique, c’est qu’en elle se joue une forme de disparition, de distance, d’arrêt sur le monde. Ce néant au cœur de l’image dont parlait Warhol.
Alors que, dans le numérique ou, plus généralement, dans l’image de synthèse, il n’y a plus de négatif, plus de « différé ». Rien n’y meurt, rien n’y disparaît. L’image n’est plus que le résultat d’une instruction et d’un programme, aggravé par la diffusion automatique d’un support à l’autre : ordinateur, téléphone mobile, écran, télé, etc – l’automaticité du réseau – répondant à l’automaticité de la construction de l’image.

Alors, faut-il sauver l’absence, le vide, faut-il sauver ce néant au cœur de l’image ?



Jean Baudrillard
(extrait de "Pourquoi tout n'a t-il-pas déja disparu?")

November 18, 2008

November 17, 2008

November 15, 2008

November 13, 2008


6.30 AM

November 8, 2008



Aguila - Partie 4

Lynn et Jerry m’ont occupé un moment en me parlant des motels hantés du coin, ils m’en ont fait une liste :

Prescott « fort Wipple »
Kirkland « Kirkland bar »
Jerome «hotel high »

Jerry et Wayne se mettent à hurler.
« ya ta heeeeyyyyyyy »
Une phrase indienne connue qu’ils ont modifié pour rigoler, « ya gotta ha’ fun » « ya ta hey!!" je ne suis pas sur d’avoir bien compris, j’ai fait comme-ci.
J’ai réussi à éviter les tournées de Tequila, mais par contre je n'ai pas pu esquiver les multiples claques amicales dans le dos. La rencontre entre cette main et une colonne vertebrale comme la mienne, c’est un peu comme la caresse d'une boule de démolition sur un immeuble en ruine.
Sandra Moore, la petite dame joyeuse, vient se joindre à nous. Elle me demande si je veux connaître son histoire, ça ne la dérange pas de la raconter.
« Je finis de nettoyer le sol du « diner » et je te raconte."

Quelqu’un devait écrire un livre sur elle et sa sœur et puis le temps a passé, l’idée a vieilli et ça ne s’est jamais fait. On se met au bar, je me plonge dans ses yeux gonflés par ses lunettes épaisses et j'écoute en souriant. (la budweiser n'est peut être pas forte mais en quantité "aguileennes", elle fait son effet)
Sandra avait 21 ans quand une nuit, une explosion de propane est survenu dans la ferme familiale, ils élevaient des lapins et avaient, bien entendu, une écurie avec plusieurs chevaux. Sa soeur et elle se sont échappées de leur chambre en feu, les deux jeunes filles étaient en flammes. Leur éducation les a poussés à faire abstraction de la peur et de leurs blessures alors elles se sont éteintes mutuellement et ont oublié la douleur pour sauver un maximum de lapins, évacuer les chevaux et sortir les véhicules de la zone a risque. Et puis elles se sont écroulées, des heures plus tard les secours sont arrivés, les 2 sœurs ont été amenées d’urgence à l’hôpital. Brûlée à 60% elle y restera 2 mois et demi, sa sœur ne survivra pas, morte à 23 ans après 6 semaines de soins.
Sandra me montre ses bras. Aujourd’hui, à 70 ans, elle a des bras fins complètement ravagés par les brûlures, des lambeaux de peau recollés, elle baisse sa veste et sa gorge, pourtant reconstruite récemment, ressemble à un véritable champ de bataille. Sandra est une survivante. Elle a vécu le reste de sa vie dans le désert, défigurée et seule. Elle a guéri de 4 cancers de la peau, s’est passionnée pour la photographie et elle est là, devant moi, son cœur sur sa main et le sourire aux lèvres. Dieu l’a accompagné, me dit-elle.
« Au moment où ma sœur est morte, son esprit est venu me rendre visite dans mon lit d’hôpital et j’ai été soulagée de ma douleur à ce moment-là...Crois- moi ou non, peu importe, je suis là et j’ai survécu grâce à lui.Je le sais"
Elle se met a rire et me donne son email.
Je me dirige vers le juke box.
Je propose une chanson. Jerry approuve, Wayne glousse. Catherine me sourit, Sandra me prend le bras.
5.6.1.4
Man in black-Johnny Cash.

Avec un marqueur, au plafond, j'écris:
Eric "Frenchy" Antoine YA TA HEY 2008


November 7, 2008



Aguila - Partie 3

Dehors, sous le porche, je fume une cigarette en regardant la route et le désert éclairé par la pleine lune. La porte claque derrière moi, un rancher s’accoude a coté de moi, il ne me regarde pas et commence à parler. Je ne le voyais pas si vieux le Marlboro man. Il m’est apparu comme Jésus surgit dans le coin d’une cellule et parle au truand enfin sauvé…Enfin presque. J’étais un peu déçu, il a pas tant de conversation que ça, en même tant dans les pubs, à part fumer des blondes, frimer avec son lasso et se promener à cheval il fait pas grand-chose. 2 longueurs de cigarettes plus tard j’en savais beaucoup plus sur les ranchs, les chevaux et la région.
A l’intérieur, la famille s’agite toujours autant, on chante « go get the money and run !! » en choeur. Je retrouve ma Bud et mon calepin. On partage des blagues avec Jerry, il me tape dans la main toute les 2 minutes en laissant éclater un rire gras. Wayne commande pour moi, les Budweiser s’alignent devant nous, il me parle de la saison de la chasse qui commence, il est tout excité. A côté de lui, au milieu des têtes de cerfs, les drapeaux américains sont décorés d’aigles et expliquent que « god bless America »
Quand j’arrive enfin à passer un peu de temps seul avec mon stylo, le vieux cow-boy à côté de moi se retourne dans ma direction « alors t’es français ?»
« Oui monsieur, je suis français… » « Raconte lui ta vie vieux Jim ! vas y ! » Jerry intervient, « bahhh » Il remonte son stetson et entame son histoire avec dans le ton de sa voix une intention claire de faire au plus court. Il me raconte brièvement qu’il est rancher et qu’aujourd’hui encore il a plus de 20 chevaux, à son âge, plus jeune il faisait du rodéo, pratique courante dans la région et ce qui le rend différent des autres et fait de lui une star du coin, c’est qu’il a fait doublure de Clark Gable dans « the misfits » film mythique dans lequel joue Marylin Monroe. Comment diable, me suis-je dit, ai-je pu choisir ce bar, m’asseoir a cet endroit-là, à côté de ce type qui a vécu telle experience. Le destin. Il m’a parlé de ses souvenirs, je lui ai parlé de mes voyages, ça a duré un moment. À la fin de chacune de mes phrases, s’il ne me faisait pas répéter, (il était un peu dur d’oreille) il se tournait un peu en disant « Is that right ?? . Et puis, fatigué, il s’est retourné, a rabaissé son stetson et finit sa bière. 2 minutes plus tard, la serveuse me posait mon enieme bud à côté des autres qui s’empilaient sans désemplir. « C’est de la part du vieux Jim »

November 6, 2008


Aguila - partie 2

Une fois mon repas ingurgité, Austin, le barman, m'a accompagné au "Burro Jim" Motel. Une fois la porte légère poussée, une forte odeur d’écurie attaque les narines, Austin s’acharne sur la petite sonnette, « elle est sourde la pauvre Eunice, elle a 81 ans et elle continue de bosser, sacré Eunice, le vieux Jim dit que c’était un canon quand elle était jeune ! », le petit panneau blanc s’écarte et Eunice apparaît. Une vieille dame mignonne, entourée de nombreux chats et de chiens qui essaient tous de grimper à la petite fenêtre. Je comprends mieux l’odeur. Austin, crie pour qu’elle comprenne que je suis un client et qu’elle doit me louer une de ses 10 chambres pour la nuit. Une bonne demi-heure plus tard, j’ai la clé de la chambre 2 et un reçu pour 45 $ en main. « C’est la ménagerie dans son appart, mais les chambres sont propres, tu vas voir ».
Je verrai demain, pour le moment je retourne au bar où mes nouveaux amis et ma bière m’attendent. Je m’installe et sort mon carnet pour figer tout ça, Catherine se bloque en face de moi et me fixe. Elle s’avance et me demande ce que j’écris. Dès la première ligne. Ça ne va pas être facile d’être tranquille, je m’dis. Je ne me suis pas trompé, à chaque page noircie, une question. Visiblement, écrire n’est pas une activité courante dans ce bar. Tout le monde me regarde bizarrement. J’arrête. « you sure have a pretty mouth » me sort Catherine avec le plus fort accent d’Arizona. Je rougis. Son gamin lui mord les fesses, elle hurle et l’appelle « Jason Lee ». Derrière moi les bébés hurlent... Wayne interrompt pour me proposer un karaoké, je rigole, il est très sérieux. Catherine revient du juke-box qu’elle a programmé pour de la country. Pour changer. « can you swing dance ? ». non, désolé, je ne swing danse pas. Je ne fais pas non plus de rodéo, je suis un mec bizarre.

November 5, 2008



Aguila - Partie 1.

Après de longues heures de route à travers le désert, je pensais m'arrêter à Hope en Arizona mais j'ai finalement continué ma route. Un peu plus loin, je me suis garé devant un bar pour prendre un petit motel en photo alors que la nuit tombait. Un gros type en short sort du Coyote café et s'approche de moi, personne aux alentours, pas âme qui vive, je regarde derrière moi, pas de doute, c'est à moi qu'il s'adresse. Il s'inquiète de mon auto et me demande si j'ai besoin d'aide. Je suis français, donc forcément ce type d'attention m'échappe et je me dis qu'il y a anguille sous roche. Je lui explique vite fait pourquoi je prends ce motel en photo avec un appareil qui lui semble archaïque et puis il m'explique que je ne vais pas rouler jusqu’à la prochaine ville qui est loin et où la nuit sera plus chère. "Rentre, bois une bière, je te prépare un bon sandwich ou un steak, je te négocierai un bon prix chez la vieille à côté, tu seras mieux qu'a Wickenburg" Il a l'air honnête, je suis convaincu et rentre dans le "coyote flats bar".
Je n'avais vu que de la route et des paysages grandioses toute la journée, je me retrouve face à un vrai cliché américain. Le juke box transmet de la country aux haut parleurs bien répartis dans une grande pièce aux murs couverts de date et prénoms écrits au marqueur, les enfants finissent d'installer la déco d'Halloween, 2 types portant des Stetsons sont adossés aux tables de billards qui meublent la pièce, un gros gars habillé tout en camouflage rit aux éclats, un vieux se cache sous ses grosses lunettes et remonte son chapeau avec le goulot de sa bud light, la bar maid recouverte de tatouages court après son gamin coiffé d'une crête. "Mes amis, je vous présente Eric, il est français et il est là pour faire des photos de Motel". La pièce tout entière se retourne vers moi, toute activité s'arrête. Toute l'attention est sur moi, je me sens minuscule dans une maison de géants. Les uns après les autres, les membres de cette famille de clients viennent se présenter. Wayne, Le chasseur. Jerry, le bon vivant qui n'est jamais sorti d'Arizona, Lynn, la géante, l'intrigante Sandra sous sa casquette de camionneur sans age et ses culs de bouteille...le temps que mon repas soit prêt, je connaissais déjà presque tous les clients du bar. Le patron m'a ramené ma bière et mon sandwich aux avocats alors que la serveuse Catherine parlait de ses poils de cul en réponse à une blague bien grasse de Jerry qui me tape dans le dos en criant "pas vrai Frenchy!!"
Je n'avais pas mangé de la journée, hypnotisé par les paysages et la route droite qui n'en finit pas, j'ai du mal à manger. Ma bière par contre se finit toute seule et alors que je bois ma dernière gorgée la suivante glisse sur le comptoir et se place devant moi.

November 4, 2008

player