September 29, 2011

Le metro vient de passer montparnasse, un jeune homme au sourcil épais et aux yeux sombres et bas (libanais, non, italien, non, libanais) soulève un strapontin et s'installe en face de moi. Les arrets s'enchainent et je remarque que ses yeux ne décrochent pas du livre disposé sur les genoux de mon voisin. Il est chinois et il lit de bas en haut ces signes qui ne veulent rien dire pour moi, à droite du texte des petits dessins d'animaux ornent les pages. Je le regarde le regarder. Il sait que je sais qu'il ne comprend pas le chinois. Il se rend compte de toute l'absurdité de ce moment. Il tourne sa tête vers moi et sourit. Le passager métropolitain évite de poser ses yeux sur les visages au risque de croiser un regard, il ne fixe pas non plus le sol par dignité, il ne ferme pas les yeux par prudence, et inconsciemment ces derniers tombent toujours sur une source d'information, un journal, un livre, une étiquette de vêtement, une publicité...Il se concentre sur le livre à nouveau, droit devant lui puis se retourne vers moi, et là il rit doucement. Je fais un bref commentaire, il comprend que je me délecte de ce moment. 
A l'arrêt suivant il se lève, le strapontin claque bruyamment et il disparait dans la foule. Le lecteur,lui, n'a pas décroché les yeux de ses passionnantes cascades de signes indéchiffrables. 
Une dame forte et outrageusement maquillée remplace Sourcil épais, elle a les yeux d'une personne mentalement dérangées, un (très) rouge a lèvre vulgairement étalé sur son énorme orifice buccal et alentours, un mascara dégoulinant contourne ses yeux fous et las, les cheveux gris et gras qui entoure son visage qui coule en rides et étranges bourlets. Je me dis que je n'ai rarement vu une telle personne, puis je repense à pink flamingos de John Waters et je fais alors vite la connexion dans mon cerveau. Son gros derrière a enfin épousé la forme du strapontin l'envahissant sous sa masse. Ses yeux se calent instantanément sur le livre chinois, a peine 3 secondes ont passé qu'elle pouffe une première fois, puis une seconde et se met a rire un peu moins discrètement que son prédécesseur. Je pense a tout ce que cette situation m'enseigne, la promiscuité dans les lieux publlics, la surpopulation, la folie cosmopolitaine, l'immigration, la barriere de language, la cohabitation difficile des hommes etc. Je sors de cette rame pour me jeter a nouveau dans paris et dans ses multiples gorges, des instants comme celui ci s'enchainent devant moi comme un spectacle à longueur de journée. Je ne peux pas m'empêcher de les voir, les assimiler, les étudier.Ca me fascine autant que ça me fatigue. 
La campagne  me manque. 

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