March 7, 2008

Le refuge des oignons.


Le réveil du téléphone portable sonne, comme chaque matin à la même heure, pourtant, ça fait longtemps qu’elle a les yeux ouverts.
Elle réveille les enfants pour les amener à l’école ou à la crèche. Elle passe devant le miroir et là, elle se voit. Toutes ces années où elle croisait ce reflet qui ne lui était pas familier, pourquoi regarder ce corps inconnu sans importance. C’était juste un reflet fantôme, un motif du papier peint ou un bibelot posé sur une étagère que l’on croise chaque jour sans vraiment noter son existence, rien de plus.
Elle a 30 ans aujourd’hui.
Et il se passe une chose exceptionnelle. Un moment qu’elle n’attendait plus.
Elle se voit.
Elle rentre son ventre, se met de profil, ferme les yeux. Elle a 16 ans,
ses seins sont dodus et fermes, ils poussent le tissu de son débardeur. Ses grands yeux ronds interrogent. Son jean coloré est a peine tendu par de petites fesses étroites. Ce jour là, jour de fête nationale, elle a rendez vous avec des sentiments qu’elle ne connaît pas. La bouche de sa vie s’est ouverte comme pour un bâillement, en grand, très vite, dans une longue inspiration, avant de se refermer d’un coup, brutalement, prenant au piège tout cet air..
Les découvertes lui font peur alors elle avance, timide, vers une vie qu’elle n’imagine pas encore.
Elle ouvre grand ses yeux fatigués.
Quand ses joues-ballons avaient éclos sur son visage, sa peau était plus tendue, on ne voyait pas cette ride qui sépare son front chaque jour un peu plus. A choisir, elle préfère avoir laissé ses kilos en rentrant dans sa salle de sport et récupéré des rides dans le casier des vestiaires en partant.
Elle est seule à présent.
Elle repasse devant le miroir, si longtemps ennemi et désormais allié. Elle déboutonne son sweat-shirt, baisse son pantalon, après quelques hésitations elle se retrouve nue devant son reflet, dans le couloir, une pile de vêtements amples à ses pieds. Elle pense à ces vies qu’elle aime tant et qui sont sorti de ce corps, elle constate rationnellement les dégâts. Doucement, avec sa main.
Elle se voit, et puis enfin, elle se regarde.
Ce regard qui, depuis longtemps, ne s’est pas attardé sur ses courbes sinon pour en constater le volume. Ce regard qui évalue, dévisage, envisage avant d’ordonner à la bouche une grimace ou une petite ouverture signe d’admiration.
Elle se jauge comme un étranger. Si elle arrive à se regarder, peut être qu’il y arrivera à nouveau, lui.
Nue, elle avance vers l’armoire au dessus de laquelle, dans un carton, sa robe noire l’attend depuis des années. Elle sait qu’elle peut la mettre aujourd’hui sans que les coutures ne sautent. Elle déchire l’épais scotch brun avec l’ongle de son index, elle la sort et la pose devant elle. Une jambe, puis une autre : le tissu oublié sur ses hanches, la fermeture éclair le long de son dos, elle est fermée, elle est dedans. Elle revoit toutes ces soirées qui défilent dans sa tête, pourtant elle ne meurt pas, elle revit. Enfin.
Elle sait qu’il va la regarder, elle ne portera que ça aujourd’hui, son corps et une robe. Elle se voit, elle s’observe, et elle éprouve un sentiment étrange. Un désir inconnu, comme si elle se voulait elle même, sa main s’égare un instant. Lui aussi il la désirera. C’est obligé.
Elle se sent bien.
Elle sort sur le palier accompagnée de sa nouvelle ombre. Elle gambade, sans destination précise, elle sent les regards des hommes et la jalousie des femmes. L’air frais passe entre ses jambes, son désir nu et humide la gêne, le ventre noué reprend son rôle. Elle a travaillé pour cet instant. A défaut d’autre chose, elle a baisé violement des machines métalliques pendant des mois, elle a souffert et vu les milliers de gouttes d’ 1 grammes quitter son corps une à une jusqu'à la rendre libre.
Elle marchera toute la journée, légère, cachée sous ses lunettes noires, elle et son double revenu du passé. Celui là même qui a oublié les années vécues par procuration, les obligations familiales, les vies qu’elle a créé qui attire plus l’attention qu’elle même, le sacrifice d’une existence pour en apporter plus au monde. Son double qui lui demande : Qui parle de toi ? qui te prend en photo ? qui prend de tes nouvelles ?
Elles sont là, à coté d’elle, tout le temps. Comme des membres, des organes satellites. Elles sont belles. Alors elle pouvait oublier sa propre apparence, se laisser aller. Comment rivaliser devant tant d’innocence et de beauté. L’image de la femme meurt quand la mère prend le relais.
Pourtant aujourd’hui, elle se sent vivre, elle a 30 ans, elle se voit, elle se regarde, elle se désire.
Il en fera autant.
Il est rentré ce soir, surprise, il ne devait pourtant pas être là avant vendredi. Les chambres sont animées, son bureau est allumé. Les filles sont là, il est passé les chercher. C’est parfait. Il va la voir, coller sa joue contre la sienne alors que sa main caressera ce ventre qui leur a donné tant de bonheur, il sentira sa petite toison, libre sous sa robe, et en esquissant un petit sourire surpris il la caressera en l’embrassant simplement « Tu es incroyable ».

Elle allume la lumière de la cuisine, elle attend, elle s’assoit, elle espère.
Une fille se met a pleurer. L’agitation envahit peu a peu le couloir, il rentre ne trombe dans la pièce.
« ben tu es là ? merde t’étais où ? elles ont faim là, je suis rentré plus tôt, j’a i tout mon dossier ici, je vais bosser tout le week-end – ben, c’est quoi ces fringues ? c’est carnaval ou quoi ? vas te changer, prépares à manger, on crève de faim et fais moi le plaisir de te changer» dit il en lui pinçant un bourrelet.

7 commentaires:

Anonymous Friday, March 07, 2008  

C'est pathétique...

Anonymous Saturday, March 08, 2008  

Pffff ha ah ah, c nul a chier!

Anonymous Saturday, March 08, 2008  

pourtant, c'est la vie...

Anonymous Monday, March 10, 2008  

demande aux femmes autour de toi, nous sommes toutes plus heureuse à 30 ans qu'à 16 Ans...Aucun regret de ce corps d'enfant contre ce que l'on doit vivre et être à cet âge là...il n'y a que les hommes pour le regretter...

Anonymous Monday, March 10, 2008  

Malheureusement, je n'ai rien inventé. C'est une histoire vraie...et c'est a force d'entendre ces histoires que je ressens le besoin de l'écrire.

Anonymous Monday, March 10, 2008  

Je ne vois pas comment l'on peut interpréter ce texte en une apologie du corps des adolescentes.
Ce n'est que l'histoire d'une femme de trente ans qui, après des années de dégoût à son égard, se redécouvre, se reprend en main et se récupère enfin, sans que toutefois cela n'ait d'impact sur sa triste vie de couple.
Voilà tout ce qu'il faut lire là-dedans. Rien de plus. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures en espérant discerner derrière l'évidence même du texte la validation de vos fantasmes, de vos pensées, de vos soupçons ou autres croyances.

ultimate Friday, March 14, 2008  

son mec est un sale con, qu'elle le dégage

sinon, j'aime bien la façon dont tu parles du regard de la femme sur son propre corps.

contrairement à un des commentaires, je n'y ai pas vu d'allusion à la soit disant 'décrepitude' physique entre 16 et 30 ans!

d'ailleurs, plus je vieillis, plus je m'aime et ça c'est assez génial en fait

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