Paris-Strasbourg.
Vautrés dans les fauteuils violets du TGV Est, 3 types derrière moi empêchent toute éventualité de repos.
Une petite quarantaine, plutôt bien portants, même gros. La chaîne en or baignant dans quelques poils qui se dégagent d'une chemise à rayures verticales. La coupe correcte du chef de rayon de supermarché, chouette costume en solde, un vocabulaire vulgaire de vendeur d’aspirateur, et, bien entendu, la petite mallette blanche du meeting de l’UMP d’où ils reviennent. 3 fois le même type.
Ils parlent à haute voix, très haute voix, de politique locale. Le premier est concerné par une banlieue nord de Strasbourg, le second par une banlieue sud. Ils se réfèrent les uns aux autres via les sobriquets « Dédé » ou « Le Gégé ». Pour les filles, ça se limite à « l’autre salope » ou bien « la Thaïlandaise du voyage à Lorient, tu t’souviens? Oh là! ». En temps normal, ce genre d’individu me dégoûte, je mets le son à fond dans mes écouteurs en essayant d’oublier que je suis obligé de supporter la proximité d’un con… Seulement, ceux-ci ont des visées politiques, chacun parle d’élection personnelle future. Ils font partie du conseil régional et parlent déjà de poste de Maire ou de député - voilà leurs ambitions.
« Des représentants fiers d’une droite forte » comme ils disent.
Ces types vont diriger notre région.
Les conversations tournent autour du rugby. Le coup de pub qu’il y a en ce moment en France pour intéresser les gens à ce sport à marché... Ils oublient le foot pour un temps et remplacent une balle ronde par une ovale dans leurs préoccupations et discussions entre collègues. S'ils sont eux-mêmes victimes du pièges des médias, comment mettront-ils en garde leurs électeurs plus tard? Ces types regardent TF1 en applaudissant. Ils hurlent les scores des matchs aussi crânement que s’ils avaient transpiré sur le terrain au côté de l’équipe de leur beau pays dont ils parlent en disant : « notre tireur, notre entraîneur, nous allons gagner ». Abrutis.
Des ennemis de la culture. L’art, la littérature, les sciences : autant de casse-têtes inutiles qui agitent l’esprit des bons Français et les empêchent de travailler correctement.
Une référence inconnue et ils s’esclaffent en prétextant qu’ils sont occupés, qu’ils travaillent, eux, qu’ils ne sont pas des fainéants d’artistes ou d’employés du secteur tertiaire… Pas le temps pour ces conneries de hippies. Pas besoin de ces repères, il y a le foot… Et, aujourd’hui, le rugby, pour remplir les blancs à la cafet’. À tous avoir une conversation identique, on prend moins le risque de passer pour un con.
Ces types vont diriger notre région.
Jusqu’en fac, chacun d'entre eux était « le petit gros » du fond de l’amphi auquel personne n’adressait la parole et qui n’avait de succès qu'auprès des profs et de la direction de l’établissement ou dans les activités associatives. Ils venaient à l’école avec une petite serviette en cuir quand tout le monde portait des sacs « US », se bagarraient à coups d'ongles contre le relief de leur acné, n’étaient jamais au fait des modes et parlaient à une fille du club de débat une fois par an... Aujourd’hui, ils ne baisent toujours pas mais sont mariés et aménagent le jardin de leur petite maison sans âme dont ils sont si fiers. Parfois, ils invitent leurs voisins qu’ils critiquent à longueur de temps pour un apéritif lors duquel ils s’étendent sur des banalités comme la taille de leur haie ou le prix des BMW d’occasion. À part ça, ils passent leurs journées à mater des culs de lycéennes en bandant secrètement dans leurs pantalons C&A, la langue balayant lentement leur lèvre supérieure.
Au sujet des femmes, ils parlent de putes et petites mignonnes d’une voix grasse ponctuée de rires tapageurs qui cachent la honte de leur inactivité sexuelle. Ils sont mariés, pour la forme, à la seule fille ayant cédé à leur bagou de conducteur de gondole vénitienne. Mais rien n’a d’importance ; les soucis de couple, l'absence de préliminaires, les sentiments, la romance, « c’est pour les pédés ! » - or, la simple notion d’homosexualité est une honte.
Ces types vont diriger notre région.
Un type passe, il porte des tatouages, des piercings et un perfecto. Je l’ai déjà vu jouer dans un bon groupe de rock’n’roll Strasbourgeois. Ils le croisent alors qu’ils reviennent bruyamment du wagon-restaurant où ils ont déjà bu leur première bière de la journée. Ils le croisent et le toisent, discrètement. Le type fait 2 fois leur taille et il s’est pris plus d’une beigne dans la gueule avant qu’elle ne leur décoche un sourire poli et innocent. Une fois assis, ils se tordent de rire et repassent en détail l’accoutrement de cet « étrange personnage ». Je parle de 3 types qui portent le même costume... 3 types avides de réussite et prêts à tout. Une secrétaire qui sucerait son patron dans le but d'obtenir une semaine de congés supplémentaire serait plus respectable à mes yeux que ce trio-là.
Liste électorale, conseil général... Les conversations fusent, bien sonores. Du siège 12 au siège 67, tout le monde connaît désormais la situation politique du Bas-Rhin.
Soudain, l’un d’eux évoque les écologistes… Ça fait l’effet d’une boule puante : tout le monde rit d’abord, puis on craint un peu que l’odeur reste collée aux vêtements. Chacun se défend d’avoir quoi que ce soit à voir avec ces « moins que rien ». Bové, Hulot, autant de blagues qui les font tellement rire et dont j’aimerais comprendre le sens. « Pour le moment », disent-ils, « on peut pas faire trop peur aux électeurs, on doit convaincre tout le monde, il faut ratisser large, on a qu’à faire ce putain de parc à Schiltigheim, on va pas en crever à donner un peu ce qu’il veulent aux écolos ». Belle leçon de politique dont tout le wagon peut profiter. L’indiscrétion et la vantardise symbolisent si bien la faiblesse et la vulgarité des petits esprits.
Ces types vont diriger notre région.
Plusieurs mois après les élections présidentielles, ils discutent toujours des résultats et de la victoire évidente de la droite… C’est leur sujet de conversation favori, visiblement.
Comment peut-on diriger sans connaître, comment peut-on prétendre s’occuper d’un groupe de personnes sans posséder soi-même une once de culture, aucune connaissance, ni pédagogie, ni éducation ?
Ils parlent de voyage en racontant les vacances au cap d’Agde en 1997 avec des amis qui depuis leur ont tourné le dos ; le plus lointain souvenir reste ces cinq jours à Marrakech qu’ils se sont payé pour leur voyage de noces - ils n’ont parlé à personne sauf quelques minutes au vendeur de verre d’eau pour le prendre en photo histoire d'égayer leur album de souvenirs poussiéreux qui crèche dans le placard sous la télé.
Les « Jean-Claude Convenant » de la politique Alsacienne sont derrière moi et me donnent la nausée. 2h30 à ne parler non pas de projets pour une région et des évolutions vers une vie meilleure mais de leurs ambitions propres, des postes à envisager, des personnes à lécher pour y parvenir. Chaque candidat opposant est critiqué et raillé comme il se doit. Si l'un de ces 3 types n’était pas là, il y passerait aussi... C’est une guerre qu’ils mènent entre eux. L’hypocrisie de ces individus est sans limites.
« On est dans un milieu où tu peux avoir confiance en personne » dit l’un.
La moindre phrase est un cliché et nous ramène en arrière.
« C’est un choix gagnant. »
« C’est ce que les Français veulent ! »
« Tripler les effectifs de la police municipale... »
« Doubler la vidéo surveillance... »
« J’ai lu Harry Potter 5... Ah, en fait non, je l’ai vu en film, génial ! »
Impossible de somnoler.
Ces types vont diriger notre région.
Mon unique explication : seuls les abrutis et les arrivistes frustrés s'intéressent à la politique. Un être intelligent optera plutôt vers un métier noble : il deviendra chercheur, médecin, écrivain ou professeur, soudeur ou ferrailleur… Hitler aurait aimé être peintre. À défaut de pouvoir entrer dans une école d’art, il mettra au point une politique suivie par des millions de personnes et changera la face de l’humanité jusqu'à incarner le mal à lui tout seul. Les énarques ne sortent pas dans les bars, ne discutent pas avec les clochards ou les étudiants Erasmus, ils ne se rendent pas dans les cinémas d’art et d'essais ni dans les concerts. Les médias, les hommes politiques, les responsables de grosses entreprises contrôlent le monde de leur main de fer et de leur cerveau de mousse. La réussite coûte que coûte, la remontée de notre nation, au détriment de la qualité de vie et de l’authenticité.
Ces types dirigent notre vie.
October 7, 2007
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16 commentaires:
but your son is there... somewhere in jouy ready for the rebellion
tu craques là mec. c'est quoi ces conneries de gens gros qui sont tous des cons, désolé mais le lien est trop évident pour ne pas être réprimée, par moi.
après je comprends ce que tu veux dire. mais il faut arrêter avec la punk attitude. parce que je pourrai ter envoyer la pareille, au delà de la vérité de tes propos.
je m'explique : les mecs comme toi qui crachent à la gueule de ces gens là, ne sont pas foutus de se bouger leur cul maigre (et là je ne parle pas du mien, mais c'est un détail qui me passe au dessus de la tête, comme de ma dernière cuite) pour aller au delà de la lucidité de la constation.
après je deteste ces mecs tout autant que toi, mais bon, la critique non constructive, doublée d'un nihilisme inactif. je suis désolée, mais la lucidité a pu m'amener à avoir exactemetn la même constatation qu eje peux avoir sur ces gros dégueulasse
un immense cynisme.
désolée pour les fautes, mais c'était d'ordre réactionnel : on en reparlera de visu. je te maile dmain pour un truc important (ta présence à mes 28 ans et à mon rendu de pavé de thèse)
Julie, c'est gentil de réagir a ce texte. Tu as un veritable esprit de contradiction, surtout pour quelqu'un qui au fond est d'accord avec moi. C'est une histoire c'est tout, un peu exagerée bien entendu, mais juste une histoire, tu l'aime ou tu ne l'aime pas. C'est une reaction à un moment donné. Ecrite sur le coup alors que j'écoutais une conversation qui me depassait. Je ne pense pas insister particulierement sur des problèmes de poids, ils ne sont pas gros, mais gras, ca aussi c'est un fait, c'est pas un hasard si ce type de personne a ce corps,ca fait partie de leur personnage. Des heures de restaurant et une inactivité physique totale ne te laisse pas indemne niveau poids. Leur cracher a la gueule aurait été trop facile. J'ecris ces textes qui me permettent de mieux comprendre pourquoi je les hais. C'est une auto analyse. Je bouge mon petit cul justement et je pense etre tres lucide.
Quand a mon nihilisme ou une certaine punk attitude, ca ne me pose aucun probleme. Inactif? moi
Les fils de pute !
Le beauf à son meilleur
Yo!
La puissance de ceux qui veulent administrer le pouvoir.Peu de gens savent.....
Tant que tu n'es pas dans la minorité tout va bien. Penser dans le direction la plus gagnante, ne jamais se soucier des différences, écraser toutes formes de contestations par l'ignorance.
L'Histoire donne raison à celui qui l'écrit, le pouvoir aime ecrire son histoire.
Ecouter, observer, voyager, se cultiver, s'ouvrir à l'autre pour mieux se comprendre, sont des clefs pour tenter de résister.
Je connais ce train, je connais ces hommes, mais j'essaye d'écrire mon histoire.
Merci Eric d'avoir couper le volume de ton I Pod, merci de nous montrer ce cliché, merci d'écrire ces quelques mots.
La vie est un long combat.
De toute beauté ! (le texte et les sujets)
Je ne sais pas si j'aurais réussi à me taire...
je suis assez d accord avec ton analyse de ces trois mecs, au fond, un peu paumés.
tu crois pas qu'ils sont plus effrayés par ce qui les entoure et qu ils ne comprennent pas, plutot que simplement betes?
l homogeneité de leurs opinions et modes de vie est surement la piece maitresse de leur equilibre!
ça reste quand meme des cons!
Oui, ca a l’air effrayant comme ca. Sauf que les gens qui « dirigent notre vie » ne sont pas vraiment ceux qui s’habillent chez C&A ou qui roulent en BM d’occase. Tu te dis ca parce qu’ils vont a un meeting de l’UMP ?
Commentaire sur ton final: « Les médias, les hommes politiques, les responsables de grosses entreprises contrôlent le monde de leur main de fer et de leur cerveau de mousse. La réussite coûte que coûte, la remontée de notre nation, au détriment de la qualité de vie et de l’authenticité.
Ces types dirigent notre vie.”
Oui, bof... C'est plutot largent... les responsables de grosses entreprises contrôlent les hommes politiques qui eux controlent les medias… et c’est superbement illustre chez nous en France. Il est incroyablement doue notre president ; il manipule les medias comme ca s’est encore jamais fait en France; le bouclier fiscale (sa 1ere reforme) beneficie aux gens tres tres tres riches. Notre cher president a bien montre qu’il voulait epargner les notaires, ces privilegies qui mangent le pain dans la gamelles des pauvres et qui ne veulent surtout pas renoncer a leur privileges couteux… La solution qu’ils ont trouve ensemble c’est de faire travailler les pauvres, comme ca c ‘est eux qui souffrent… Bien sur, les riches achetent tout ca, une petite villa autour du Winnipesaukee Lake, un petit tour dans le Paloma, … un peu comme on faisait Moyen Age... Alors on se leve tous et on applaudit encore le roi Nicolas!
Ta qualite de vie en prend un coup, mais certaimenement pas la leur. Alors arretes de te faire peur avec ces pauvres types que tu rencontres dans le TVG. Ceux la ne font rien d’autres que permettre un effet de masse lors des rassemblements de partis. Je ne vois que 2 ennemis: 1) ceux qui dirigent les grosse multi-nationales et voyagent dans de grosses voitures avec chauffeurs et 2) l'argent que tu depenses.
Tu peux encore me censurer si tu veux. Je m'y attends. C'etait juste trop "terrifant" pour que je laisse. Bonne annee.
Effectivement c'est affligeant ce besoin de devoir tout preciser. Merci cela dit pour ton analyse, si ce texte etait effectiveemtn une analyse precise de la situation economique et politique actuelle, j'aurais effectivement peut etre ecrit autre chose. seulement il s'agit d'un texte qui parle d'un pouvoir local, a petite echelle, c'est un texte ecrit sur le vif. Est ce que ce n'est pas clair? ..Plutot que devoir te censurer, je prefererais que tu ne lise meme pas ce blog. Je pense ca ne passe pas bien entre lui et toi...tout element critique te froisse, sauf s'il s'agit de ton combat a toi, un combat global, mondial et noble et j'ai beaucoup de pretention mais pas celle de pouvoir l'aborder. Merde, je trouve ca nul de repondre, et s'etaler, pourquoi est ce que je le fais...je t'en supplie ne reponds surtout pas.
Je ne crois pas qu'on puisse résumé l'état économique et politique de la france à des commentaires sur un blog, désolé mais la litterature sur ce sujet abonde et de bien meilleur valeur qu'une vision purement hiérarchique et dicotomiste des classes sociales en France telle que tu l'a décrit Bostonian. L'intérêt du texte d'éric est avant tout un acte litteraire sur un sujet certes d'actualité en ces temps de joutes et remaniements politiques, il n'en reste pas moi un bon texte litteraire, que j'ai apprécié, et qu'il faut adopter par cet angle d'acte de litterature et non pas par une analyse pseudo politico-économique de la france tellement à la mode en ce moment.
Ces mecs là, je vous rapelle que c'est nous qui les élisons. Même si ce n'est ni moi, ni toi, ni vous, c'est nous, peuple de France qui les mettons en place ces connards. On a les hommes politiques qu'on mérite. Et rien ne changera tant que les mecs comme toi se contenteront de pisser dans des rivières en balancant du haut de leurs grandes gueules des constatations navrées/blasées.
Changer le monde c'est possible, et même largement souhaitable, mais pour ça il est necessaire de prendre ses responsabilités et de ne pas se sentir au dessus de la mélée.
j'avais ecrit une grosse reponse et a cause d'un PC (de merde) tout a été éffacé, je suis désolé..mais je n'ai pas la force de le reecrire. c'etait tres long et pacificateur, pour une fois.
ca commencait par "bravo tu as compris ce que voulait dire ce blog une toute petite goutte de pipi dans une mer, voila ce que je represente. un avis personnel et navré, sans interet. un avis de quelqu'un qui n'a pas la pretention de sauver l'humanité...ca finissait par "je ne me sens pas au dessus des autres, je suis lucide, heureux et aussi souvent attendri que dégouté par ce qui m'entoure.
Je viens de lire ce texte.
Et après avoir parcouru tous les commentaires...
La seule chose qui me vient à l'esprit: c'est beaucoup de bruit pour rien!
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