J’aurais du deviner que quelque chose de spécial m’attendrait là-bas, à Almeria, l’ultime ville de mon périple dans le sud de l’Espagne, la dernière étape, l’aboutissement de ma vie, de mon oeuvre… Mais je ne le savais pas encore.
J’ignorais que j’allais le rencontrer. Il était là, il m’attendait depuis toujours.
Je me recueillais face à la mer, en ruminant la perte de mon matériel photo et autres choses futiles comparées à la rencontre alors imminente, quand je l'ai aperçu.
D'abord, j’ai vu ses bras, en V, au-dessus de sa tête, puis en croix, poings serrés.
J'ai vu ses bras, puis sa tête, ses lunettes de soleil propres à dissimuler un regard dangereux, ses cheveux, longs et ondulés, qui s’agitaient en même temps que la musique se propageait grâce aux écouteurs bleus posés sur ses oreilles. Il flottait dans la chaleur ambiante de l’heure de la sieste.
J’ai vu ses bras, puis sa tête, puis son torse velu sous son débardeur noir. Son collier doté d'un insigne hindou baignant dans les poils abondants et les gouttelettes de sueur.
J’ai vu ses bras, puis sa tête, puis son torse, puis ses jambes. L’une, dressée en l’air comme un balancier, suivait son corps droit et épais. L’autre, sur une planche à roulettes, s'acoquinait d'un porte-clefs pendant de tout son long. Il portait des chaussures de ville.
J’ai vu ses bras, puis sa tête, puis son torse, puis ses jambes, puis je l’ai entendu siffler très fort en regardant dans ma direction, reproduisant des sonorités d’oiseaux comme amplifiées par un système audio de concert en plein air, et soudain, son cri : "Holaaaaaaaa brothers! G uniiiiiiiiiit!"
Alors j’ai su : c’était bien lui, l’élu…
L’Uberplouc.
L’Uberplouc au cerveau resté coincé dans une soirée acide de l’été 2003 qui, pour lui, n'a jamais pris fin...
Ce personnage, tel l'idiot du village, récolte le respect de ses concitoyens grâce à son côté exceptionnel, l’unicité de chacun de ses mouvements et l’incohérence qui brouille les pistes de sa personnalité fascinent... Toutes les notions communes de pudeur et d’élegance sont inversées. Il arrive qu'on s'éprenne de choses infâmes juste parce qu'elles sont rares. Il en va de même avec ces êtres, ces phénomènes.
LUI, c'est leur roi.
Il domine la catégorie, et ce n’est que le début, le début de son ère…
Voilà pourquoi il parle à tout le monde, il est le Messie, il doit diffuser sa bonne parole. Pour les passantes, le message est simple : un puissant sifflement doublé d'un regard brûlant et d'une petite phrase ad hoc pour qu'elles se retournent en rougissant tandis que l’entourage de l’Uberplouc se gausse de tant d’audace.
Il communique avec ses pairs dans une espèce d’espagnol comme un Californien sous acide, un subtil mélange d’anglais et de sa langue maternelle. Il me dit qu’il vient de Cuba. "What’ up brother!? Me and my brothers vamos a get la cocaine tonight, yeaaah brothers, we gonna surf the night, you know, la noche muy calor, my skateboard friend, know what I’m saying?"
Un héros. Mon héros.
October 28, 2007
October 24, 2007
Back from the south of Spain where i earned some sunburns and lost a lot of equipment, my Minolta CL and most of all, my 15 years old companion: my NYC 1995 Nikon FM2. I'll miss you old friend, we went everywhere together.
(If anybody find an hasselblad fisheye on the internet, please, please let me know and I think i could recognize mine right away. If you know photography, you know how rare this is and also how expensive that can be.)
Never trust anybody...
Publié par Eric Antoine à l'adresse Wednesday, October 24, 2007 2 commentaires
October 12, 2007

While I was in Moscow, I visited a very old theatre where a friend works, I met this electricien who spend most of his days and nights there...He has all his tools, a bed and a little kitchen under the scene, that's where his life is.
Publié par Eric Antoine à l'adresse Friday, October 12, 2007 0 commentaires
Publié par Eric Antoine à l'adresse Friday, October 12, 2007 0 commentaires

I can't really explain the atmosphere in this theatre, let's just say that i spent a morning a few years away from now, in another time and space...and it felt good.
Publié par Eric Antoine à l'adresse Friday, October 12, 2007 1 commentaires
October 9, 2007
October 8, 2007
"faire preuve d'intelligence dans cette vie est la seule forme de suicide qui ait encore un peu de tenue".
J. Attal
Publié par Eric Antoine à l'adresse Monday, October 08, 2007 2 commentaires
October 7, 2007
Paris-Strasbourg.
Vautrés dans les fauteuils violets du TGV Est, 3 types derrière moi empêchent toute éventualité de repos.
Une petite quarantaine, plutôt bien portants, même gros. La chaîne en or baignant dans quelques poils qui se dégagent d'une chemise à rayures verticales. La coupe correcte du chef de rayon de supermarché, chouette costume en solde, un vocabulaire vulgaire de vendeur d’aspirateur, et, bien entendu, la petite mallette blanche du meeting de l’UMP d’où ils reviennent. 3 fois le même type.
Ils parlent à haute voix, très haute voix, de politique locale. Le premier est concerné par une banlieue nord de Strasbourg, le second par une banlieue sud. Ils se réfèrent les uns aux autres via les sobriquets « Dédé » ou « Le Gégé ». Pour les filles, ça se limite à « l’autre salope » ou bien « la Thaïlandaise du voyage à Lorient, tu t’souviens? Oh là! ». En temps normal, ce genre d’individu me dégoûte, je mets le son à fond dans mes écouteurs en essayant d’oublier que je suis obligé de supporter la proximité d’un con… Seulement, ceux-ci ont des visées politiques, chacun parle d’élection personnelle future. Ils font partie du conseil régional et parlent déjà de poste de Maire ou de député - voilà leurs ambitions.
« Des représentants fiers d’une droite forte » comme ils disent.
Ces types vont diriger notre région.
Les conversations tournent autour du rugby. Le coup de pub qu’il y a en ce moment en France pour intéresser les gens à ce sport à marché... Ils oublient le foot pour un temps et remplacent une balle ronde par une ovale dans leurs préoccupations et discussions entre collègues. S'ils sont eux-mêmes victimes du pièges des médias, comment mettront-ils en garde leurs électeurs plus tard? Ces types regardent TF1 en applaudissant. Ils hurlent les scores des matchs aussi crânement que s’ils avaient transpiré sur le terrain au côté de l’équipe de leur beau pays dont ils parlent en disant : « notre tireur, notre entraîneur, nous allons gagner ». Abrutis.
Des ennemis de la culture. L’art, la littérature, les sciences : autant de casse-têtes inutiles qui agitent l’esprit des bons Français et les empêchent de travailler correctement.
Une référence inconnue et ils s’esclaffent en prétextant qu’ils sont occupés, qu’ils travaillent, eux, qu’ils ne sont pas des fainéants d’artistes ou d’employés du secteur tertiaire… Pas le temps pour ces conneries de hippies. Pas besoin de ces repères, il y a le foot… Et, aujourd’hui, le rugby, pour remplir les blancs à la cafet’. À tous avoir une conversation identique, on prend moins le risque de passer pour un con.
Ces types vont diriger notre région.
Jusqu’en fac, chacun d'entre eux était « le petit gros » du fond de l’amphi auquel personne n’adressait la parole et qui n’avait de succès qu'auprès des profs et de la direction de l’établissement ou dans les activités associatives. Ils venaient à l’école avec une petite serviette en cuir quand tout le monde portait des sacs « US », se bagarraient à coups d'ongles contre le relief de leur acné, n’étaient jamais au fait des modes et parlaient à une fille du club de débat une fois par an... Aujourd’hui, ils ne baisent toujours pas mais sont mariés et aménagent le jardin de leur petite maison sans âme dont ils sont si fiers. Parfois, ils invitent leurs voisins qu’ils critiquent à longueur de temps pour un apéritif lors duquel ils s’étendent sur des banalités comme la taille de leur haie ou le prix des BMW d’occasion. À part ça, ils passent leurs journées à mater des culs de lycéennes en bandant secrètement dans leurs pantalons C&A, la langue balayant lentement leur lèvre supérieure.
Au sujet des femmes, ils parlent de putes et petites mignonnes d’une voix grasse ponctuée de rires tapageurs qui cachent la honte de leur inactivité sexuelle. Ils sont mariés, pour la forme, à la seule fille ayant cédé à leur bagou de conducteur de gondole vénitienne. Mais rien n’a d’importance ; les soucis de couple, l'absence de préliminaires, les sentiments, la romance, « c’est pour les pédés ! » - or, la simple notion d’homosexualité est une honte.
Ces types vont diriger notre région.
Un type passe, il porte des tatouages, des piercings et un perfecto. Je l’ai déjà vu jouer dans un bon groupe de rock’n’roll Strasbourgeois. Ils le croisent alors qu’ils reviennent bruyamment du wagon-restaurant où ils ont déjà bu leur première bière de la journée. Ils le croisent et le toisent, discrètement. Le type fait 2 fois leur taille et il s’est pris plus d’une beigne dans la gueule avant qu’elle ne leur décoche un sourire poli et innocent. Une fois assis, ils se tordent de rire et repassent en détail l’accoutrement de cet « étrange personnage ». Je parle de 3 types qui portent le même costume... 3 types avides de réussite et prêts à tout. Une secrétaire qui sucerait son patron dans le but d'obtenir une semaine de congés supplémentaire serait plus respectable à mes yeux que ce trio-là.
Liste électorale, conseil général... Les conversations fusent, bien sonores. Du siège 12 au siège 67, tout le monde connaît désormais la situation politique du Bas-Rhin.
Soudain, l’un d’eux évoque les écologistes… Ça fait l’effet d’une boule puante : tout le monde rit d’abord, puis on craint un peu que l’odeur reste collée aux vêtements. Chacun se défend d’avoir quoi que ce soit à voir avec ces « moins que rien ». Bové, Hulot, autant de blagues qui les font tellement rire et dont j’aimerais comprendre le sens. « Pour le moment », disent-ils, « on peut pas faire trop peur aux électeurs, on doit convaincre tout le monde, il faut ratisser large, on a qu’à faire ce putain de parc à Schiltigheim, on va pas en crever à donner un peu ce qu’il veulent aux écolos ». Belle leçon de politique dont tout le wagon peut profiter. L’indiscrétion et la vantardise symbolisent si bien la faiblesse et la vulgarité des petits esprits.
Ces types vont diriger notre région.
Plusieurs mois après les élections présidentielles, ils discutent toujours des résultats et de la victoire évidente de la droite… C’est leur sujet de conversation favori, visiblement.
Comment peut-on diriger sans connaître, comment peut-on prétendre s’occuper d’un groupe de personnes sans posséder soi-même une once de culture, aucune connaissance, ni pédagogie, ni éducation ?
Ils parlent de voyage en racontant les vacances au cap d’Agde en 1997 avec des amis qui depuis leur ont tourné le dos ; le plus lointain souvenir reste ces cinq jours à Marrakech qu’ils se sont payé pour leur voyage de noces - ils n’ont parlé à personne sauf quelques minutes au vendeur de verre d’eau pour le prendre en photo histoire d'égayer leur album de souvenirs poussiéreux qui crèche dans le placard sous la télé.
Les « Jean-Claude Convenant » de la politique Alsacienne sont derrière moi et me donnent la nausée. 2h30 à ne parler non pas de projets pour une région et des évolutions vers une vie meilleure mais de leurs ambitions propres, des postes à envisager, des personnes à lécher pour y parvenir. Chaque candidat opposant est critiqué et raillé comme il se doit. Si l'un de ces 3 types n’était pas là, il y passerait aussi... C’est une guerre qu’ils mènent entre eux. L’hypocrisie de ces individus est sans limites.
« On est dans un milieu où tu peux avoir confiance en personne » dit l’un.
La moindre phrase est un cliché et nous ramène en arrière.
« C’est un choix gagnant. »
« C’est ce que les Français veulent ! »
« Tripler les effectifs de la police municipale... »
« Doubler la vidéo surveillance... »
« J’ai lu Harry Potter 5... Ah, en fait non, je l’ai vu en film, génial ! »
Impossible de somnoler.
Ces types vont diriger notre région.
Mon unique explication : seuls les abrutis et les arrivistes frustrés s'intéressent à la politique. Un être intelligent optera plutôt vers un métier noble : il deviendra chercheur, médecin, écrivain ou professeur, soudeur ou ferrailleur… Hitler aurait aimé être peintre. À défaut de pouvoir entrer dans une école d’art, il mettra au point une politique suivie par des millions de personnes et changera la face de l’humanité jusqu'à incarner le mal à lui tout seul. Les énarques ne sortent pas dans les bars, ne discutent pas avec les clochards ou les étudiants Erasmus, ils ne se rendent pas dans les cinémas d’art et d'essais ni dans les concerts. Les médias, les hommes politiques, les responsables de grosses entreprises contrôlent le monde de leur main de fer et de leur cerveau de mousse. La réussite coûte que coûte, la remontée de notre nation, au détriment de la qualité de vie et de l’authenticité.
Ces types dirigent notre vie.
Publié par Eric Antoine à l'adresse Sunday, October 07, 2007 16 commentaires
October 5, 2007
Publié par Eric Antoine à l'adresse Friday, October 05, 2007 0 commentaires
October 3, 2007
"Les hommes vieillissent toujours mal quand ils restent jeunes."
Romain Gary
Publié par Eric Antoine à l'adresse Wednesday, October 03, 2007 4 commentaires






