
"Je savais qu'elle ne saignerait pas. Qu'elle resterait silencieuse, lèvres indécemment clouées. Son inertie m'énervait. Alors, je l'ai tuée. C'était comme si les paroles d'une chanson populaire se réverbéraient dans ma tête, les mots sifflés par une putain de voix féminine - la sienne - m'enjoignaient à la prendre, à la trouer, à la fendre. Enfonce-toi, mon amour, incise et insiste. Sans cesse. Litanie au lit. Il m'importait de la posséder : la tuer et la baiser, en même temps. Ses hanches opaques au toucher demeuraient sans réaction, son cul ne frissonnait jamais, et toute cette raideur dans son corps... Elle était vierge. Je ne trouvais aucun moyen de la déverrouiller, aucune voie où me frayer un chemin. Fallait bien que je remédie à ce problème de fond. Fallait bien jouer du couteau plutôt que de la queue. Pas le choix, chérie. Ses cheveux tombaient à grande vitesse - les voir parsemer l'oreiller me rendait dingue, on aurait dit les cailloux du Petit Poucet transformés en longs fils couleur agrume. Penses-tu qu'elle se serait excusée de dégueulasser mes draps? Si seulement son coeur avait pu faire écho au mien, si seulement elle m'avait dispensé un sourire, rien qu'un seul... Peut-être qu'elle dissimule une mâchoire édentée. C'eût été pratique, en un sens. Mais très laid - admets-le, ma beauté. Je suis à cheval sur toi, tu ne saignes toujours pas, même si je suis à l'intérieur de chaque trou. Maintenant, exploser ta bouche. Partir à la recherche de ces charmants petits os auxquels je tiens tant. Les entendre se décoller de ta gencive, les voir pendre avec peine au bout de la chair molle... Oh, oui, je tiens à tes dents pour te les casser de plus belle. Tu verras, tu en riras - si toutefois tu en es capable.Bien sûr, il n'y a rien. Une simple brèche noire de plus au milieu de la faïence. Je l'avais prévenue : toutes les filles passent par cette phase initiatique, elles ont toutes mal, la première fois. C'est naturel. Contrairement à toi. Mais j'aurais du m'en douter, depuis le début. Dès l'instant où j'ai croisé tes yeux vitreux, derrière la vitrine."A. Geyser
October 3, 2006
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